Décembre 2016 : Le jour où je suis devenue adulte

Décembre 2016

Le jour où je suis devenue adulte

L’année 2016 tire à sa fin doucement, lentement, calmement, et je suis heureuse de réaliser que j’ai respecté ma résolution 2016 : prendre soin de moi. En effet, c’est quelque chose que j’ai commencé à apprendre  au courant de l’année. Mais ce n’était pas gagné dès le départ! De janvier à avril, j’ai travaillé comme une déchaînée; j’ai laissé mon travail, de même que les projets et les envies des autres, prendre beaucoup trop de place dans ma vie. Je n’allais pas bien, je n’étais plus moi-même. Je faisais des crises de panique et de larmes de plus en plus régulièrement et je me sentais dépassée par tout. J’étais au bord de l’épuisement et c’était difficile pour moi de l’admettre, d’autant plus que je travaille dans un domaine qui me passionne et avec des collègues que j’apprécie énormément. De l’extérieur, tout semblait beau et fluide, mais, de l’intérieur, je m’effondrais peu à peu…

Au cours du mois d’avril, j’ai appris que mon père avait des tumeurs cancéreuses à la vessie. Ma vie a basculé. J’ai pris conscience de la folie dans laquelle je vis, ou survis plutôt. Je me suis rendu compte que peu importe ce que je fais, peu importe comment je m’occupe, comment je travaille, mes réussites  et mes défaites, mes bons coups et mes erreurs, si je suis heureuse ou malheureuse, la vie reste le grand chef d’orchestre. La vie va, un point c’est tout. Elle ne se pose pas de question. La vie ne se presse pas, mais, tout comme l’eau des rivières, elle se fraie un chemin, tranquillement, sûrement, constamment, et arrive à ses fins.

La vie, ma vie et celle des gens qui m’entourent, un jour s’arrêtera.

Bien sûr, je le savais. Mais je l’ai su dans mes tripes, au plus profond de moi, en apprenant que tout à coup mon père était malade, que tout à coup il était peut-être en danger. Le château de verre que j’avais bâti intérieurement, cette forteresse précieuse et belle qui me protégeait de tout débordement et me tenait un peu à l’écart des vérités de mon cœur, s’est tout à coup effondré. Il  a éclaté en mille morceaux. Une pluie de verre s’est alors répandue en moi et est venue écorcher les parois de mon être tout entier. Je suis, dès lors, devenue plus sensible à la vie qui m’entoure et à la vie que je mène. Je me suis rendu compte de l’inutilité et de l’absurdité de cette course folle que je poursuivais. De cette arrogance, même, que j’avais à croire qu’en courant ainsi je pourrais un jour atteindre un sommet où les sentiments de succès et de bien-être seraient incessants.

J’ai ressenti mon humanité, ma vulnérabilité, ma mortalité.

La vie  s’est attaquée à mon père, à cet être précieux, à ce héros, ce sage, ce Tout, pour la petite fille qui réside encore au fond de moi, au début de moi. Un tremblement de terre immense a secoué mes fondations. C’était une atteinte à mon être, à mon existence, à l’existence même! Comme si la vie me ramenait à l’ordre avec une très forte claque au visage. Et j’ouvrais tout à coup mes yeux sur ma façon de vivre ma vie et je voyais à quel point cette course viendrait à bout de moi. J’ai compris alors que j’étais en train de me tuer à petit feu, moi qui commençais à peine à vivre.

Ce jour-là, je suis devenue adulte.

Il ne suffit pas de grandir, de travailler et de payer ses factures pour être adulte. Adulte, on le devient. Devenir – définition : passer d’un état à un autre. Il faut s’appliquer, se concentrer pour devenir adulte et, surtout, le vouloir profondément. Car laisser tomber ce projet est si tentant, si facile. Le retour dans notre petit confort connu est si simple. Quand on décide de prendre le train pour devenir adulte, on entre dans un terrain inconnu et, oui, épeurant, inquiétant, différent et nouveau. La nouveauté nous fait peur, ce genre de nouveauté plus que toutes les autres , car elle nous demande de tout remettre en question, de revisiter nos fondations. Il faut essayer assez longtemps de devenir adulte pour développer une plus grande capacité d’adaptation, accueillir l’inconnu et cultiver sa terre, son être.

Devenir adulte, c’est se responsabiliser vis-à-vis de sa propre vie.

C’est comprendre que nous et nous seuls pouvons choisir. Une vie choisie par les autres ne sera jamais une vie pleinement vécue. Elle ne restera qu’un brouillon d’une grande et belle œuvre inachevée. Et quelle tristesse! Quelle perte pour nous-mêmes et pour l’humanité! Vous priver vous-même et priver le monde du meilleur de vous, du vous vrai, du vous aimant, aimé et libre, c’est porter atteinte à l’humanité toute entière. C’est manquer de courage. C’est refuser de devenir adulte. C’est un choix qu’encore trop de gens semblent faire.

Jusqu’en avril 2016, je faisais partie de ces gens et je faisais ce choix. En grande partie inconsciemment, comme la plupart d’entre nous. Mais une voix au fond de moi me chuchotait parfois qu’il y avait d’autres options, d’autres choix possibles. Je ne l’écoutais qu’un temps, puis je replongeais dans un autre projet pour me faire oublier cette discussion, cet appel intérieur.

L’appel revient toujours, c’est une certitude. Quiconque le ressent une fois le ressentira toujours, malgré tous ses efforts pour le faire taire. C’est l’élan de vie, l’instinct de vie, appelez-le comme vous voulez. C’est la partie éclairée de notre être, la page blanche qui ne demande qu’à être marquée de notre être incarné, intégré, de notre être totalement éclos, adulte.

Depuis huit mois, donc, je m’applique à devenir adulte. Je ne suis pas encore une experte, mais j’en ressens déjà les changements. Je me donne plus régulièrement des moments de pause et de recul pour réfléchir à ce que je veux vraiment et pour évaluer mes réactions et pensées quant aux événements de ma vie. Étant travailleuse autonome dans le domaine des arts de la scène, j’ose maintenant me permettre des périodes de congé plus souvent, en ayant conscience et confiance que ces moments de ressourcement personnel sont aussi un investissement dans ma carrière, au lieu d’être à la merci de la peur de perdre du travail. Désormais, c’est moi qui décide. Mes choix sont plus éclairés et plus dirigés vers ce que je veux réellement. Je suis plus posée, plus confiante, et j’entrevois l’année 2017 avec excitation, car je sais maintenant comment créer de l’espace pour accueillir ce que la nouvelle année aura à me proposer.

Je termine ce partage en vous mentionnant que mon père a eu deux interventions depuis et que le tout est neutralisé : il va très bien maintenant!  J’aimerais aussi partager avec vous un texte qu’il m’a lu alors que je n’allais pas très bien et qu’il était à l’hôpital. Un passage du livre Une vie bouleversée d’Etty Hillesum : L’essentiel est d’être à l’écoute de son rythme propre et d’essayer de vivre en le respectant. D’être à l’écoute de ce qui monte en moi. Or, la vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui bouillonnent au fond de nous-mêmes.

En conclusion et pour aller un peu plus loin :

J’espère que la lecture de ce texte vous inspirera et vous incitera à écouter cet appel en vous. Nous sommes tous, les uns autant que les autres, sources d’inspiration mutuelle et, alors que je me demandais comment je pourrais avoir un impact positif sur les autres, autrement que par ma danse, voilà que ce texte s’impose et naît. Tous les moyens sont bons pour rendre ce monde et cette vie meilleurs. Je vous souhaite de trouver le vôtre.

J’aimerais partager ici le travail de deux artistes qui m’inspirent beaucoup dernièrement en ce sens. Laissez-vous imprégner par leurs projets et encouragez-les, si le cœur vous en dit!

Ils sont l’exemple parfait de grandes choses qui peuvent être accomplies pour l’humanité lorsqu’on laisse briller notre talent et notre créativité :

AIDE HUMANITAIRE

Maria-Rosa Szychowska : www.projet121212.com

CONSCIENCE ENVIRONNEMENTALE

Von Wong : http://blog.vonwong.com/mermaidplastic/

Remerciements :

J’aimerais remercier plusieurs personnes qui ont été d’une aide considérable durant cette année difficile pour moi. Chacun à votre façon, vous avez été là pour moi et c’est en grande partie grâce à ce soutien inconditionnel que j’ai réussi à passer assez rapidement au travers de cette période.

En ordre alphabétique,

Merci à : Alexis, Angelica, Aurore, Camille, Chinook, Étienne, Hélène, Maria, Marie-Christine, Mélanie et Meyranie. Et bien sûr à mes parents : Marie-Catherine et Michel-Pierre.

Un grand merci aussi à mes élèves qui sont une grande source de motivation.

Artiste internationale en danse orientale

Florence Leclerc est une Artiste internationale en danse orientale.

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